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Atlantique Nord : un refroidissement préoccupant aux conséquences potentiellement majeures pour l’Europe

 

Alors que la planète et les océans se réchauffent, une immense région de l’Atlantique Nord semble évoluer à contre-courant. Au sud du Groenland, une vaste anomalie froide intrigue les scientifiques depuis plusieurs décennies. Or, deux nouvelles publications, datées des 20 et 23 octobre 2026, apportent des éléments préoccupants : la circulation océanique atlantique montre des signes d’affaiblissement, tandis que de nouvelles simulations révèlent des conséquences climatiques potentiellement plus complexes qu’on ne l’imaginait. La France pourrait-elle être concernée ?

 

 

Une immense anomalie froide au milieu de l’Atlantique

 

La carte présentée en couverture est particulièrement impressionnante. Alors que de nombreuses régions océaniques apparaissent en rouge, une immense zone bleu foncé domine l’Atlantique Nord, au sud du Groenland.

Cette région, souvent surnommée Cold Blob, constitue l’une des anomalies les plus étudiées du climat mondial.

Depuis plusieurs décennies, elle connaît une évolution thermique différente de celle observée sur la majorité des océans.

La carte représente les tendances de température de surface entre 1993 et 2021, comparées au réchauffement moyen mondial. Les zones bleues indiquent donc principalement un réchauffement inférieur à la moyenne, et non nécessairement un refroidissement absolu.

Cette particularité pourrait notamment être liée à l’évolution des grands courants océaniques qui transportent la chaleur depuis les régions tropicales vers l’Atlantique Nord.

Car derrière cette anomalie se pose une question majeure : l’un des principaux régulateurs du climat européen serait-il en train de s’affaiblir ?

 

 

Les nouvelles observations confirment une tendance inquiétante

 

Le 20 octobre 2026, le National Oceanography Centre britannique a publié une nouvelle analyse des observations du programme RAPID.

Depuis 2004, ce dispositif surveille l’AMOC, ou circulation méridienne de retournement atlantique.

Il s’agit d’un gigantesque système de courants transportant des eaux relativement chaudes vers le nord et des eaux plus froides vers le sud, notamment en profondeur.

Les dernières données disponibles, couvrant la période 2004–2024, montrent une tendance à l’affaiblissement estimée à 0,7 Sverdrup par décennie, avec une incertitude de 0,6 Sverdrup.

Un Sverdrup représente un débit d’un million de mètres cubes d’eau par seconde.

La courbe révèle néanmoins d’importantes fluctuations, et même une remontée marquée à la fin de la période étudiée.

Les chercheurs précisent qu’il faudra prolonger les mesures pour déterminer dans quelle proportion cette tendance relève de la variabilité naturelle ou du changement climatique provoqué par les activités humaines.

Il ne s’agit donc pas d’un effondrement imminent, mais d’un signal qui justifie une surveillance attentive.

 

La circulation atlantique présente une tendance à l’affaiblissement depuis 2004, malgré d’importantes fluctuations. Les dernières mesures disponibles s’arrêtent en 2024. Source : National Oceanography Centre / programme RAPID, publication du 20 octobre 2026.

 

 

Pourquoi les courants atlantiques pourraient-ils ralentir ?

Le fonctionnement de l’AMOC dépend notamment des différences de température et de salinité de l’eau.

Les eaux relativement chaudes circulent vers l’Atlantique Nord, où elles cèdent une partie de leur chaleur à l’atmosphère.

En se refroidissant, certaines deviennent suffisamment denses pour plonger vers les profondeurs océaniques et participer à leur retour vers le sud.

Mais le réchauffement climatique pourrait perturber cet équilibre.

L’augmentation des températures réduit la densité des eaux de surface. Par ailleurs, la fonte des glaces continentales, notamment au Groenland, apporte de l’eau douce dans l’Atlantique Nord.

Une eau moins salée étant généralement moins dense, la formation des eaux profondes peut être perturbée.

Le transport de chaleur vers les hautes latitudes pourrait alors diminuer, contribuant à la persistance d’une région relativement froide au sud du Groenland.

Le Gulf Stream ne doit toutefois pas être confondu avec l’ensemble de l’AMOC : il constitue l’une des composantes de la circulation atlantique, mais ne disparaîtrait pas automatiquement si celle-ci ralentissait fortement.

 

L’AMOC transporte une partie de la chaleur tropicale vers l’Atlantique Nord, tandis que des masses d’eau plus froides retournent vers le sud en profondeur. Source : schéma scientifique NOAA / programme RAPID.

 

 

Une nouvelle étude révèle un phénomène encore plus complexe

 

Une autre publication scientifique, parue le 23 octobre 2026 dans la revue Atmospheric Chemistry and Physics, apporte un éclairage supplémentaire.

Deux chercheurs de l’ETH Zurich, Ryan Vella et Ulrike Lohmann, ont étudié les conséquences d’un affaiblissement hypothétique de 60 % de l’AMOC.

Il s’agit d’une expérience de modélisation climatique, et non d’une évolution actuellement observée.

Leurs résultats montrent qu’une réduction aussi importante pourrait transformer non seulement les températures océaniques, mais également la composition de l’atmosphère.

Dans cette simulation, la quantité totale d’aérosols présents dans l’hémisphère Nord augmente de 41 %, principalement en raison d’émissions accrues de poussières sahariennes et d’une diminution de leur élimination par les précipitations.

Les chercheurs mettent également en évidence des modifications importantes des propriétés des nuages.

Dans les hautes latitudes, certaines formations nuageuses deviennent plus réfléchissantes, tandis que d’autres s’amincissent sous l’effet de changements microphysiques.

Ces modifications peuvent influencer les quantités d’énergie solaire absorbées ou renvoyées vers l’espace.

L’étude montre surtout que l’extension de la neige et de la banquise, dans ce scénario très perturbé, renforce la réflexion du rayonnement solaire.

Un fort ralentissement des courants pourrait donc déclencher plusieurs mécanismes climatiques supplémentaires, susceptibles d’amplifier certains refroidissements régionaux.

 

 

Quelles conséquences pour la France et l’Europe ?

 

Le climat de la France dépend largement des échanges de chaleur et d’humidité avec l’Atlantique.

Un affaiblissement important de l’AMOC pourrait modifier progressivement ces échanges, avec des conséquences sur les températures et la circulation atmosphérique.

Certaines simulations climatiques envisagent un refroidissement marqué de l’Atlantique Nord et d’une partie de l’Europe en cas d’effondrement majeur de cette circulation.

La répartition des précipitations pourrait également évoluer, avec des modifications possibles des régimes de sécheresse et des perturbations atlantiques.

Cependant, les conséquences précises pour la France restent très incertaines. Elles dépendraient notamment de l’intensité du ralentissement et du réchauffement global qui se poursuivrait parallèlement.

L’étude suisse de 2026 démontre surtout que les poussières, les nuages et les surfaces enneigées peuvent modifier la réponse climatique à un affaiblissement majeur de l’AMOC.

Elle ne permet pas de prévoir les températures des prochains hivers français.

 

Modifications climatiques simulées dans un scénario de fort affaiblissement de la circulation atlantique. Les résultats montrent notamment un refroidissement sur la totalité de l’hémisphère Nord en raison d’une réaction en chaîne et des changements atmosphériques. Il ne s’agit pas d’une prévision pour les prochaines années. Source : Vella et Lohmann, Atmospheric Chemistry and Physics, 23 octobre 2026.

 

 

Le climat européen pourrait-il réellement basculer ?

 

Les scientifiques savent que la circulation atlantique a déjà connu des réorganisations importantes au cours de l’histoire climatique terrestre.

Ces changements ont parfois accompagné de fortes variations des températures dans l’Atlantique Nord.

C’est pourquoi l’AMOC figure parmi les mécanismes surveillés dans les recherches sur les points de bascule climatiques.

Les dernières observations confirment une tendance à l’affaiblissement, tandis que les nouvelles simulations montrent que ses conséquences potentielles dépassent largement les seuls courants océaniques.

Mais rien ne permet aujourd’hui d’annoncer un arrêt imminent de l’AMOC ou un refroidissement brutal de la France.

La vaste anomalie froide visible au sud du Groenland constitue néanmoins un phénomène important pour comprendre les transformations du climat mondial.

Et les deux études publiées en octobre 2026 rappellent une réalité essentielle : les bouleversements climatiques ne se traduisent pas uniquement par une hausse uniforme des températures. Ils peuvent aussi provoquer de profonds déséquilibres régionaux, dont l’Europe pourrait subir les conséquences à long terme.

 

Article réécrit par Guillaume Séchet et largement inspiré par l’étude du 23 octobre 2026 de l’European Geosciences Union 

 

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