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14°C, pluie et même neige : quand l’automne débarquait en plein mois d’août

Alors que la France connaît actuellement un été exceptionnellement chaud et que les températures vont de nouveau atteindre des niveaux caniculaires, il paraît presque difficile d’imaginer qu’une mi-août puisse parfois prendre des allures d’automne. Pourtant, nos archives météorologiques montrent que de spectaculaires descentes d’air frais se sont déjà produites au cœur des vacances estivales, avec moins de 15°C l’après-midi, des pluies persistantes, des matinées proches de 0°C et même de la neige en montagne.

 

Août 2006 : de la canicule à 14°C en quelques semaines

 

L’été 2006 constitue probablement l’un des exemples les plus spectaculaires. Le contraste avec la situation actuelle est d’autant plus intéressant que le mois de juillet 2006 avait été exceptionnellement chaud.

Durant la deuxième quinzaine de juillet, la France avait subi une longue vague de chaleur. À l’époque, juillet 2006 était même devenu le mois de juillet le plus chaud jamais enregistré à Paris et l’un des mois les plus chauds observés à l’échelle nationale.

Mais quelques semaines plus tard, le décor était totalement différent.

Le week-end des 12 et 13 août 2006 fut particulièrement pluvieux, gris et frais sur les régions du Nord et de l’Est. Une dépression circulant très lentement sur le nord de la France entretint des pluies parfois abondantes et des températures dignes d’un mois d’octobre.

Le samedi 12 août, les maximales ne dépassèrent généralement pas 14 à 18°C entre la Normandie et le Nord-Est. Le lendemain, on mesura seulement 14°C à Reims et Rouen, 15°C à Abbeville et 16°C à Paris !

Dans le même temps, la limite pluie-neige s’abaissa suffisamment pour que la neige fasse son apparition vers 1 800 à 2 000 mètres sur le nord des Alpes.

L’épisode fut également très humide. Dans le Pas-de-Calais, il tomba jusqu’à 112 mm en une journée à Licques et 176 mm en deux jours. Des campings furent évacués et plusieurs communes touchées par des inondations.

Le mois d’août 2006 se termina d’ailleurs comme il avait commencé : dans une ambiance fraîche et humide. Les 28 et 29 août, les températures maximales restèrent parfois comprises entre seulement 13 et 15°C dans le nord et le nord-est, avec 15°C à Paris.

 

Le 13 août 2006, l’ambiance est presque automnale sur une partie de la France : seulement 14°C à Reims et Rouen, 15°C à Abbeville et 16°C à Paris.

 

 

2014 : neige en montagne et à peine plus de 0°C le matin

 

Plus récemment, le mois d’août 2014 avait lui aussi offert une véritable parenthèse automnale.

Après un mois de juillet déjà très pluvieux et peu ensoleillé, la deuxième décade du mois d’août fut particulièrement fraîche sur la France.

Entre les 13 et 15 août, les conditions devinrent même franchement mauvaises en haute montagne. Les températures plongèrent et de fréquentes chutes de neige concernèrent les Alpes, notamment les massifs du Mont-Blanc et des Écrins.

Mais le plus étonnant survint quelques jours plus tard en plaine.

Entre les 19 et 24 août, les nuits devinrent exceptionnellement fraîches sur une grande moitié nord. Le thermomètre descendit jusqu’à seulement 0,9°C à Mourmelon-le-Grand dans la Marne, 1,4°C à Guiscriff dans le Morbihan, 3,9°C à Reignac en Indre-et-Loire ou encore 4,3°C à Dourdan en région parisienne.

Des gelées blanches furent même observées localement dans les Yvelines, le Val-d’Oise, le Loir-et-Cher et en Champagne-Ardenne.

Difficile d’imaginer une ambiance plus éloignée d’une canicule au cœur du mois d’août !

 

De nombreux autres mois d’août ont pris des allures d’automne

 

De nombreux autres mois d’août ont pris des allures d’automne

En remontant dans nos archives, on constate que ces épisodes sont loin d’être isolés.

Août 1912 fut particulièrement froid et maussade. Les 14 et 15 août, une véritable tempête d’automne balaya la France et la Belgique, au cœur d’une longue période anormalement fraîche. Chronique météo de 1912

En 1954, la fin du mois prit des allures presque hivernales : les 24 et 25 août, sous une pluie persistante, les températures ne dépassèrent parfois guère 10°C l’après-midi dans le Nord et le Nord-Est. Chronique météo de 1954

En 1956, les 24 et 25 août furent également marqués par de fortes pluies, des inondations et des températures donnant parfois une véritable impression de mois de novembre. Chronique météo de 1956

Les 17 et 18 août 1963, les maximales restèrent parfois comprises entre seulement 10 et 15°C sur la moitié nord, tandis que la neige faisait son retour en montagne. Chronique météo de 1963

Le 7 août 1965, il faisait moins de 15°C sous une pluie persistante entre Nantes et Paris, tandis que des gelées étaient observées jusque dans la Creuse. Chronique météo de 1965

Le 15 août 1972, un temps frais accompagné de violents orages provoqua notamment des inondations dans le Nord-Est. Chronique météo de 1972

L’été 1977 fut particulièrement frais et humide. À la fin du mois de juillet, on n’avait relevé que 14°C dans les Yvelines, à Rouen ou Beauvais et 15°C à Paris, dans une ambiance déjà presque automnale. Chronique météo de 1977

Le 7 août 1978, l’épisode fut encore plus spectaculaire : la neige tomba dans les Alpes et l’on mesura jusqu’à 10 cm à Chamrousse, au-dessus de Grenoble. Chronique météo de 1978

 

Le 7 août 1978, l’hiver s’invite en pleine saison estivale : jusqu’à 10 cm de neige sont mesurés à Chamrousse (au-dessus de Grenoble 1700 m d’altitude) où certains randonneurs doivent rebrousser chemin. La couche de neige atteint 10cm à Roche-Béranger et 2 à 5cm au Recoin.

 

Enfin, le 25 août 1979, il ne faisait que 12°C à Rouen, 14°C à Paris et 15°C à Orléans sous une pluie persistante, tandis que la neige tombait jusque sur les Vosges et le Jura. Chronique météo de 1979

Et le phénomène ne se limite pas au XXe siècle. Du 18 au 22 août 1863, un temps très frais, maussade et franchement automnal s’installa sur la France. Chronique météo de 1863 Le 11 août 1864, une importante descente d’air frais toucha le pays, avec de la neige considérée comme possible jusque sur les Vosges et le Jura. Chronique météo de 1864 Enfin, après une chaleur exceptionnelle au début du mois, des gelées blanches furent observées le 22 août 1907 autour de Nancy, Châteaudun et Angers. Chronique météo de 1907

 

 

 

Ces coups de froid d’août peuvent-ils encore se produire ?

 

Oui. Le réchauffement climatique ne rend évidemment pas impossible une descente d’air polaire ou un épisode très perturbé au mois d’août.

À cette époque de l’année, une circulation de nord-ouest suffisamment dynamique peut toujours faire chuter les températures de 10 à 15°C en quelques jours. Une goutte froide bien positionnée peut également apporter pluies persistantes, vent et neige en haute montagne.

En revanche, le contexte climatique de fond a considérablement changé.

Le graphique de l’indicateur thermique national montre très nettement que les mois d’août extrêmement frais étaient beaucoup plus courants au milieu du XXe siècle et jusque dans les années 1970. Depuis les années 1990 et surtout 2000, la courbe se décale vers le haut et les mois d’août très chauds deviennent beaucoup plus fréquents.

 

L’indicateur thermique national montre que les mois d’août très frais étaient beaucoup plus fréquents autrefois, notamment dans les années 1950 à 1970, avant la nette hausse observée au cours des dernières décennies. Août n’a pas toujours rimé avec chaleur : les mois très frais étaient beaucoup plus fréquents au XXe siècle qu’aujourd’hui.

 

Cela signifie qu’un épisode comme celui de 1979 reste possible pendant quelques jours, mais qu’un mois entier durablement froid devient statistiquement beaucoup moins probable.

Et c’est précisément ce qui rend ces archives si saisissantes aujourd’hui : il n’y a encore que quelques décennies, 12 à 15°C sous la pluie, des gelées matinales ou de la neige en montagne pouvaient faire partie du décor d’un mois d’août français.

 

 

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Auteur : Guillaume Séchet 

 

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