Météo Republié via Innoreader Lire la Suite
2026 : pourquoi la France et l’Europe occidentale sont-elles autant du côté chaud ?
Depuis le printemps, la France accumule des situations qui paraissaient encore exceptionnelles il y a quelques années : chaleur très précoce, canicules répétées, sécheresse marquée et températures estivales jusqu’à la fin septembre. Simple succession météorologique exceptionnelle ou véritable accélération du climat ? Pour comprendre 2026, il faut surtout regarder ce qui s’est passé dans la circulation atmosphérique au-dessus de l’Europe.
Depuis près de six mois, une même impression revient : celle d’une météo qui aurait soudainement changé de dimension. Les épisodes chauds se succèdent, les records tombent beaucoup plus souvent et les périodes réellement fraîches deviennent brèves.
Cette impression n’est pas seulement liée à quelques journées spectaculaires. Juin et juillet 2026 réunis ont été les plus chauds jamais observés en Europe occidentale depuis au moins 1979, avec une température moyenne supérieure de 2,79°C à la normale 1991-2020. Le précédent record, établi en 2022, est dépassé de près de 0,9°C.

Le graphique de Copernicus confirme que la période juin-juillet 2026 a été la plus chaude jamais observée en Europe occidentale dans la base ERA5, avec une anomalie moyenne de +2,79°C.
L’Europe occidentale au cœur de l’anomalie
Toute l’Europe n’a pourtant pas connu la même anomalie. La France, l’Espagne, la Belgique, la Suisse, l’Angleterre et le pays de Galles ont été particulièrement concernés.
Depuis les années 1980, les températures estivales de l’ouest de l’Europe ont augmenté beaucoup plus rapidement que la moyenne mondiale. Une partie de cette différence provient évidemment du réchauffement climatique général, mais celui-ci n’explique pas à lui seul pourquoi notre région semble avoir été si régulièrement placée au cœur de la chaleur.
Le facteur essentiel est la circulation atmosphérique.

Du 18 au 30 juin 2026, l’Europe occidentale — et notamment la France — s’est trouvée au cœur d’anomalies de température exceptionnellement élevées, localement supérieures à +7 à +9°C. Source : Copernicus/ERA5.
Pourquoi l’air chaud remonte-t-il si souvent vers nos régions ?
Il ne s’agit pas d’une remontée permanente d’air saharien depuis cinq mois, mais d’une remarquable répétition de configurations météorologiques favorables à la chaleur.
Depuis le printemps, les hautes pressions se sont très fréquemment installées sur l’Europe occidentale ou à proximité, tandis que les dépressions atlantiques circulaient davantage vers l’ouest ou le nord.
Or, dans l’hémisphère Nord, l’air tourne dans le sens des aiguilles d’une montre autour d’un anticyclone. Lorsque les hautes pressions sont positionnées au bon endroit, un véritable couloir de sud à sud-ouest peut donc s’établir entre l’Afrique du Nord, l’Espagne et la France.
C’est ce qui s’est produit à de nombreuses reprises en 2026. En juin, le cœur des hautes pressions était notamment situé sur la France. En juillet, il s’est déplacé vers le nord-ouest des îles Britanniques. Mais malgré ces déplacements, l’Europe occidentale est souvent restée du côté chaud de la circulation.

La répétition des blocages anticycloniques sur l’Europe occidentale a favorisé un flux de sud à sud-ouest, acheminant régulièrement de l’air très chaud depuis l’Afrique du Nord vers la France et les régions voisines. La situation du 24 juin 2026 illustre parfaitement ce mécanisme, avec une dorsale anticyclonique faisant remonter l’air très chaud vers l’Europe occidentale.
Ces blocages sont liés aux grandes ondulations du courant-jet, appelées ondes de Rossby. Le courant-jet ne circule pas en ligne droite autour de l’hémisphère : il forme naturellement de vastes méandres.
Lorsque l’une de ces ondulations devient très ample et se déplace lentement, une grande dorsale anticyclonique peut rester presque immobile pendant plusieurs jours. Les perturbations atlantiques sont alors déviées tandis qu’un courant de sud ou de sud-ouest continue d’alimenter l’Europe occidentale en air très chaud.
Le caractère exceptionnel de 2026 vient donc moins d’un « Sahara qui se déplacerait vers la France » que de la répétition de situations dirigeant les masses d’air subtropicales vers nos régions.
Mais pourquoi ces situations reviennent-elles davantage ?
C’est l’une des questions importantes de la recherche climatique actuelle.
Depuis les années 1980, plusieurs travaux montrent une évolution de la circulation atmosphérique estivale européenne, avec davantage de configurations anticycloniques chaudes et sèches dans certaines régions.
Les causes sont probablement multiples. Le réchauffement climatique modifie les contrastes de température entre continents, océans et hautes latitudes. Or ces différences de température influencent directement le courant-jet et les grandes ondes atmosphériques.
La forte diminution de la pollution aux aérosols en Europe depuis les années 1980 pourrait également intervenir. Pendant des décennies, ces particules ont réfléchi une partie du rayonnement solaire, masquant une fraction du réchauffement.
Leur diminution est évidemment bénéfique pour la santé, mais elle a supprimé une partie de cet effet refroidissant. Des recherches récentes suggèrent qu’elle pourrait également avoir modifié certains contrastes thermiques et donc certaines configurations de la circulation estivale européenne.
Les sols secs amplifient ensuite la chaleur
Une fois la situation anticyclonique installée, un autre mécanisme entre en jeu : l’assèchement des sols.

L’été 2026 s’est également distingué par des sols exceptionnellement secs sur une grande partie de l’Europe occidentale. Cet assèchement réduit l’évaporation et favorise une hausse supplémentaire des températures.
Lorsqu’un sol est humide, une partie importante de l’énergie solaire sert à évaporer l’eau. Cette évaporation limite la hausse de la température.
Lorsqu’un sol devient très sec, cette climatisation naturelle disparaît en grande partie. Une proportion beaucoup plus importante de l’énergie solaire sert alors directement à réchauffer l’air.
Le mécanisme peut donc s’auto-amplifier : davantage d’anticyclones favorisent la sécheresse, puis des sols très secs permettent aux épisodes chauds suivants d’atteindre des températures encore plus élevées.
Et El Niño dans tout cela ?
El Niño constitue un facteur supplémentaire mais ne peut pas expliquer à lui seul ce qui se passe en France.
Le réchauffement du Pacifique tropical influence la température moyenne mondiale et modifie certaines circulations atmosphériques. Mais les records français de 2026 résultent surtout d’une combinaison : réchauffement climatique de fond, configurations atmosphériques particulièrement favorables, sols desséchés et océans très chauds.
Le climat a-t-il vraiment « décroché » en 2026 ?
Pas au sens d’un basculement brutal qui se serait produit au printemps.
Mais 2026 montre ce qui peut arriver lorsque le réchauffement de fond, une circulation atmosphérique très favorable à la chaleur, des sols desséchés et plusieurs autres facteurs se combinent au même moment.
Et c’est sans doute cette accumulation exceptionnelle qui explique le mieux pourquoi, depuis le printemps, nous avons autant l’impression que quelque chose a changé.
Auteur : Guillaume Séchet >>>

