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Webcam du Brévent – 2525 m avec le massif du Mont-Blanc – samedi 26 septembre 2026 alors que la température était de 0°C à 4100 m d’altitude

 

Jamais depuis 1954 l’isotherme 0°C n’avait dépassé 4000 m aussi souvent

 

77 jours au-dessus de 4000 m : l’année 2026 pulvérise déjà tous les records en haute montagne

Il existe des indicateurs climatiques parfois difficiles à appréhender pour le grand public. Celui-ci est au contraire particulièrement parlant. Depuis le début de l’année 2026, l’isotherme 0°C a atteint ou dépassé l’altitude de 4000 mètres durant 77 jours à Payerne, en Suisse. Il s’agit de journées où au moins l’un des deux sondages quotidiens place l’isotherme 0 °C à ≥ 4000 m, et non nécessairement de 24 heures continues. Un chiffre absolument inédit depuis le début de cette série en 1954, et ce alors que nous ne sommes encore qu’à la fin du mois de septembre.

La rupture avec les années précédentes est spectaculaire. Sur l’ensemble de la période depuis 1954, le nombre moyen est d’environ 31 jours par an avec un isotherme 0°C à 4000 mètres ou davantage. En 2026, ce seuil est donc déjà dépassé de près de 150 %, avant même le dernier trimestre de l’année.

 

 

Evolution annuelle du nombre de jours avec isotherme 0°C ≥ 4000 m à Payerne depuis 1954

En 2026, le nombre de jours durant lesquels l’isotherme 0°C atteint ou dépasse 4000 m se détache très nettement de toutes les autres années – Source : climsmh.alwaysdata.net

 

 

2026 se détache très largement de toutes les autres années

 

Le graphique est particulièrement saisissant parce qu’il permet de remonter sur plus de 70 ans. Dans les années 1950, 1960 ou 1970, les années dépassant une trentaine de jours avec un isotherme 0°C à plus de 4000 mètres étaient relativement rares.

La situation évolue progressivement au fil des décennies, puis beaucoup plus nettement au cours des années récentes. Plusieurs années depuis le début des années 2000 ont ainsi dépassé 50 jours, mais aucune n’avait atteint le niveau actuellement observé en 2026.

Les précédents sommets visibles sur cette série se situaient autour d’une soixantaine de journées, notamment ces dernières années. Avec 77 jours dès le 26 septembre, 2026 franchit donc une nouvelle étape.

La série utilisée correspond au maximum quotidien de l’altitude de l’isotherme 0°C observée lors des radiosondages de 00 UTC et 12 UTC à Payerne. Le site qui compile ces données souligne lui-même que l’évolution de cet indicateur met en évidence l’impact du changement climatique jusque dans les très hautes couches de l’atmosphère alpine.

 

 

Mais qu’est-ce que l’isotherme 0°C ?

 

L’isotherme 0°C désigne l’altitude à laquelle la température de l’air atteint zéro degré. En dessous, la température est généralement positive, tandis qu’elle devient négative plus haut dans l’atmosphère, même si des inversions peuvent parfois rendre le profil plus complexe.

Lorsque cet isotherme grimpe au-dessus de 4000 mètres, cela signifie donc que de l’air positif en température peut concerner une très grande partie de la montagne, jusqu’à des altitudes normalement soumises au gel.

Il ne s’agit pas d’une température relevée par un thermomètre fixe au sommet d’une montagne. Les profils verticaux de température sont notamment obtenus grâce aux ballons-sondes.

MétéoSuisse réalise précisément deux radiosondages quotidiens à Payerne, à 00 UTC et 12 UTC. Les sondes mesurent notamment la température, l’humidité et l’altitude tandis que le ballon monte dans l’atmosphère. Ces mesures sont utilisées pour la prévision du temps, mais également pour la recherche climatique.

 

Profil atmosphérique obtenu par radiosondage à Payerne – le samedi 26 septembre 2026 à 12h – Source : Météociel

 

 

Pourquoi un isotherme 0°C aussi élevé est-il important ?

 

À première vue, la différence entre un isotherme 0°C situé à 3500 ou à 4200 mètres peut sembler assez abstraite. Elle a pourtant des conséquences très concrètes en montagne.

Lorsque l’air reste positif jusqu’à très haute altitude, la neige peut fondre davantage et le regel peut devenir insuffisant, notamment après des journées très chaudes. Lors d’épisodes pluvieux, la pluie peut également remplacer la neige jusqu’à des altitudes inhabituelles.

Pour les glaciers, l’isotherme 0°C ne constitue évidemment qu’un élément parmi d’autres : l’enneigement hivernal, l’ensoleillement, la couverture nuageuse ou la durée des épisodes chauds jouent également un rôle majeur. Mais la fréquence croissante des masses d’air extrêmement douces en altitude constitue un contexte de plus en plus défavorable à leur conservation.

Cette évolution est cohérente avec celle du climat suisse dans son ensemble. Le dernier rapport Climate CH2025 de MétéoSuisse et de l’ETH Zurich indique que la température moyenne de la Suisse avait déjà augmenté d’environ 2,9°C en 2024 par rapport à la période préindustrielle 1871-1900, contre environ 1,3°C à l’échelle mondiale.

Le rapport confirme également la poursuite de plusieurs évolutions déjà observées : réchauffement général, extrêmes chauds plus fréquents et plus intenses et diminution de l’enneigement hivernal.

 

 

 

Un record d’autant plus remarquable que l’année n’est pas terminée

 

Un autre élément rend le chiffre 2026 particulièrement impressionnant : l’année est encore loin d’être terminée.

Certes, les situations permettant de dépasser 4000 mètres deviennent progressivement moins nombreuses lorsque l’on avance vers l’hiver. Mais des remontées très importantes de l’isotherme 0°C restent possibles en automne, notamment lors de puissantes advections d’air subtropical.

Le total de 77 jours observé au 26 septembre pourrait donc encore augmenter.

Plus que le record lui-même, c’est finalement l’évolution sur plusieurs décennies qui est la plus remarquable. Les premières décennies de la série sont dominées par des valeurs souvent comprises entre 10 et 30 jours par an. Depuis le début du XXIe siècle, les années à 40, 50 voire 60 jours deviennent beaucoup plus nombreuses.

En 2026, cette tendance atteint pour l’instant un niveau jamais observé depuis le début des mesures en 1954.

 

Auteur : Guillaume Séchet >>>

 

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