Météo Republié via Innoreader Lire la Suite

Anomalies de sécheresse des sols jusqu’à 1 m de profondeur au 15 septembre 2026, selon le site Windy.com
Sécheresse 2026 : est-elle la pire jamais observée en France ?
Après un été exceptionnellement chaud et sec, l’humidité des sols a atteint en France des niveaux jamais mesurés dans les séries modernes. Mais notre pays a déjà connu plusieurs sécheresses historiques, notamment en 1921, 1949, 1959, 1976, 1989-1990, 2003 ou encore 2022. Alors, où se situe réellement 2026 parmi ces épisodes exceptionnels ?
Et la situation pourrait ne pas s’améliorer rapidement. Peu de précipitations significatives sont envisagées sur une grande partie de la France dans les prochains jours. La question est donc désormais de savoir jusqu’où cette sécheresse 2026 peut encore s’aggraver.
Sécheresse 2026 : est-elle la pire jamais observée en France ?
La sécheresse de 2026 est désormais entrée dans l’histoire climatique française.
Après un printemps relativement contrasté, la situation s’est rapidement dégradée à partir du mois de juin sous l’effet d’un manque persistant de précipitations, mais également de températures exceptionnellement élevées.
Dès le début de l’été, l’humidité moyenne des sols a plongé sous les valeurs habituellement observées. Puis, au cœur du mois d’août, un nouveau seuil a été franchi : Début août, l’humidité moyenne des sols à l’échelle nationale est descendue sous le précédent minimum absolu de 2022, établissant un nouveau record dans la série moderne.
La particularité de 2026 est justement là. La quantité de pluie tombée depuis janvier n’est pas forcément la plus faible jamais enregistrée, mais l’association entre déficit pluviométrique et chaleur exceptionnelle a fortement accentué l’évaporation et l’assèchement des sols.

Évolution de l’indice national d’humidité des sols en 2026, comparée aux grandes sécheresses de 1976, 2003 et 2022. La courbe de 2026 est descendue à des niveaux inédits dans les séries modernes – Agroclimat / données Météo-France.
1921 : une sécheresse exceptionnelle durant près d’un an
Pour retrouver des épisodes comparables, il faut toutefois remonter bien avant le début des indices modernes.
L’année 1921 constitue l’une des références historiques les plus spectaculaires.
Les archives météorologiques de l’époque indiquent qu’au Parc Saint-Maur, près de Paris, seulement 112 mm de précipitations avaient été recueillis entre janvier et juillet 1921, contre environ 317 mm normalement, soit seulement 35 % de la normale.
Certains mois avaient été presque totalement secs : 5 mm en février, 3 mm en juin et seulement 4 mm en juillet.
Mais la sécheresse avait en réalité commencé dès l’année précédente. Entre août 1920 et juillet 1921, Saint-Maur n’avait recueilli que 284 mm, alors qu’une année normale représentait environ 576 mm.
À l’époque, les météorologues estimaient qu’une sécheresse aussi longue et aussi intense était sans précédent dans la série commencée en 1874.

Document météorologique original (collection meteo-paris.com) consacré à la sécheresse de 1921. À Saint-Maur, seulement 112 mm de pluie avaient été mesurés entre janvier et juillet, soit 35 % de la normale de l’époque.
Et cette sécheresse était loin de ne concerner que la région parisienne. Durant les six premiers mois de 1921, les précipitations ne représentaient que 52 % de la normale à Brest, 58 % à Bordeaux, 60 % à Dunkerque, 62 % à Nantes et seulement 50 % à Nice.
L’épisode s’était également étendu à une grande partie de l’Europe.
1949 et 1959 : deux épisodes aujourd’hui largement oubliés
L’année 1948-1949 mérite également une place parmi les grandes sécheresses françaises.
À Paris, l’année allant de septembre 1948 à septembre 1949 n’avait totalisé qu’environ 339 mm de précipitations, contre près de 600 mm normalement. Ce cumul était même légèrement inférieur à celui observé lors de la période 1920-1921.
L’épisode est beaucoup moins connu du grand public, mais il constitue l’une des sécheresses les plus sévères retrouvées dans les longues séries pluviométriques françaises.
Dix ans plus tard, 1959 fut à son tour exceptionnellement sèche, notamment entre le printemps et l’automne. Le phénomène fut particulièrement marqué dans le nord, le nord-ouest et en région parisienne.
1959 reste ainsi une année de référence dans plusieurs séries régionales, même si son caractère national est moins marqué que celui de 1976.
1976 : la sécheresse qui a marqué les mémoires
La sécheresse de 1976 reste probablement la plus célèbre en France.
Après un hiver déjà déficitaire, le manque de pluie s’était aggravé durant le printemps puis le début de l’été. Les régions du nord et de l’ouest avaient particulièrement souffert et les conséquences agricoles avaient été considérables.
L’épisode fut suffisamment exceptionnel pour entraîner la mise en place du fameux « impôt sécheresse ».
Mais sur le plan strict de l’humidité moyenne des sols, 1976 n’est plus la référence absolue. Les niveaux observés en 2022 avaient déjà été plus bas durant plusieurs semaines, avant que 2026 ne descende encore davantage.

Vue satellite de la France le 15 septembre 2026. Les teintes particulièrement sèches et brunies de la végétation témoignent de plusieurs mois de chaleur et de déficit hydrique sur une grande partie du pays – NASA MODIS / Météociel.
1989-1990 : la référence pour la durée
Si l’on s’intéresse non plus à l’intensité mais à la durée, un autre épisode prend une importance considérable : celui de 1989-1990.
La sécheresse des sols avait persisté pendant environ 17 mois, ce qui en fait l’une des séquences les plus longues observées dans la série moderne.
L’année 1989 fut également exceptionnellement peu pluvieuse à l’échelle nationale et demeure l’une des années les plus sèches enregistrées en France.
À titre de comparaison, la sécheresse de 2005 avait duré environ neuf mois et celle de 2022 environ huit mois.
Sur ce critère, 2026 est donc encore loin d’avoir égalé 1989-1990.
2003, 2011 et 2022 : les records modernes successifs
La sécheresse de 2003, associée à la canicule historique du mois d’août, avait longtemps constitué l’une des principales références en matière d’assèchement des sols.
L’année 2011 fut également remarquable, notamment par la superficie du territoire concernée.
Puis vint 2022, qui fit tomber de nombreux records. Au cours de l’été, l’indice d’humidité des sols avait atteint des valeurs plus faibles que lors des sécheresses de 1976 et 2003.
Mais quatre ans plus tard, 2026 est descendue encore plus bas.
C’est donc bien l’intensité de la sécheresse agricole qui distingue l’année actuelle.
Pourtant, 2026 n’est pas l’année la moins pluvieuse
C’est un point essentiel pour comprendre la situation.
Au 13 septembre 2026, le cumul moyen national atteignait environ 470 mm, contre un peu plus de 530 mm habituellement à cette date, soit un déficit de l’ordre de 12 %.
En 2022, à la même époque, le cumul n’était que d’environ 417 mm.
Autrement dit, il avait nettement moins plu en 2022 qu’en 2026, et pourtant les sols sont aujourd’hui encore plus secs.

Cumul moyen des précipitations en France depuis le début de l’année. En septembre 2026, il reste supérieur à celui de 2022 à la même date : preuve que la sécheresse exceptionnelle actuelle ne s’explique pas uniquement par le manque de pluie – Infoclimat.
La raison tient notamment aux températures exceptionnellement élevées observées depuis plusieurs mois. Sous l’effet de la chaleur, l’évaporation et la transpiration de la végétation augmentent fortement, accélérant la perte d’eau disponible dans les sols.
Alors, 2026 est-elle réellement la pire ?
Tout dépend finalement du critère retenu.
1921 et 1949 restent extraordinaires pour leur déficit pluviométrique prolongé. 1976 et 2011 figurent parmi les sécheresses les plus étendues. 1989-1990 demeure une référence pour la durée. 2003 et 2022 avaient jusque-là établi les principaux records modernes d’assèchement.
Mais sur un indicateur bien précis, 2026 vient désormais de prendre la première place : jamais l’humidité moyenne des sols français n’était descendue aussi bas dans la série nationale moderne.
La sécheresse actuelle n’est donc pas nécessairement « la pire de l’histoire » sur tous les critères.
Mais elle possède déjà une caractéristique exceptionnelle : jamais, depuis le début des mesures modernes, les sols français n’avaient été mesurés aussi secs à l’échelle du pays.
Et si les pluies automnales tardaient durablement à revenir, 2026 pourrait encore se rapprocher des sécheresses les plus longues et les plus marquantes de notre histoire climatique.
