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L’orage de grêle du 6 mai 1957, à Rome – archives meteo-paris.com

 

Début mai 1957. Alors que le printemps aurait dû s’installer durablement sur l’Europe occidentale, un spectaculaire décrochage d’air polaire plonge le continent dans une ambiance presque hivernale. Entre le 4 et le 7 mai, le froid devient exceptionnel pour la saison : les campagnes françaises blanchissent sous les giboulées de neige, les vignes sont durement touchées par le gel… et Rome se réveille le 7 mai sous près de 20 cm de grêle.

L’événement reste aujourd’hui encore l’un des épisodes les plus remarquables de froid tardif observés en Europe au XXe siècle.

 

 

Une descente d’air polaire d’une rare intensité

 

La situation météorologique est particulièrement spectaculaire. Comme le montre la carte synoptique du 6 mai 1957, entre l’anticyclone des Açores et la dépression scandinave s’organise une descente d’air arctique particulièrement marquée pour la saison, jusque vers la Méditerranée.

Cette configuration provoque une véritable coulée froide sur la France, l’Allemagne, le nord de l’Italie et jusqu’au centre de la péninsule italienne. Les températures en altitude deviennent exceptionnellement basses pour un mois de mai, favorisant des averses de neige, de grésil et de grêle jusque très bas en altitude.

L’air froid atteint même la Méditerranée centrale, ce qui explique les phénomènes extrêmes observés en Italie, notamment à Rome.

 

Carte d’analyse de la situation du 6 mai 1957 en Europe

 

 

Gelées destructrices sur la France, à quelques jours des Saints de glace

 

En France, les matinées des 5, 6 et 7 mai prennent des allures de plein hiver. Les gelées concernent près des deux tiers du pays.

Les minimales relevées sont remarquables :

  • -5 °C à Nevers
  • -4 °C au Mans
  • -3 °C à Orléans
  • -1 °C à Paris
  • +1 °C à Montpellier
  • +3 °C à Cannes

La carte des températures minimales du 6 mai 1957 illustre parfaitement cette offensive froide : les gelées s’étendent largement sur le nord, le centre et le nord-est du pays.

Dans certaines régions viticoles, les dégâts deviennent catastrophiques. Les bourgeons, déjà bien développés après un début de printemps relativement doux, sont brûlés par le gel. Les vignobles du Val de Loire, de Bourgogne et du Centre subissent de lourdes pertes.

La presse de l’époque évoque également des chutes de neige tenant temporairement au sol jusque dans les plaines du nord et du nord-est. À Paris, l’après-midi du 6 mai 1957 est même décrite comme la plus froide depuis près de 80 ans, avec seulement 7 °C relevés à Montsouris en pleine journée.

 

Températures minimales du 6 mai 1957 en France – carte Infoclimat.fr

 

 

De la neige jusqu’en plaine

Le contraste est saisissant : alors que le calendrier indique le mois de mai, des averses neigeuses concernent de nombreuses régions françaises.

Dans le Massif central, l’Ain ou encore les Ardennes, les paysages redeviennent hivernaux. Les reliefs retrouvent temporairement un manteau neigeux digne de mars ou d’avril.

Cette offensive froide tardive rappelle à quel point les descentes polaires peuvent encore être virulentes au printemps lorsque la circulation atmosphérique se bloque sur l’Atlantique nord.

 

Rome ensevelie sous la grêle

Mais l’image la plus spectaculaire de cet épisode reste sans doute celle de Rome recouverte d’une épaisse couche blanche le 7 mai 1957.

Sous l’effet de l’air extrêmement froid circulant en altitude au-dessus d’une Méditerranée déjà relativement douce, de violents orages éclatent sur l’Italie centrale. Ces cellules convectives produisent d’impressionnantes chutes de grêle.

Dans plusieurs quartiers romains, l’accumulation atteint environ 20 cm, donnant aux rues de la capitale italienne un aspect totalement irréel. Les photographies montrent des enfants jouant dans les amas de grêle comme dans une neige hivernale.

Le phénomène paralyse temporairement la circulation et surprend totalement les habitants, peu habitués à voir un tel décor au cœur du printemps méditerranéen.

 

Un mois de mai 1957 hors normes

L’épisode des 4 au 7 mai 1957 s’inscrit dans un printemps particulièrement perturbé et frais sur l’Europe occidentale.

Cette période froide sera suivie quelques semaines plus tard par des pluies abondantes et une fonte nivale importante dans les Alpes, contribuant à de graves inondations dans certaines vallées alpines françaises durant le mois de juin 1957.

Plus de soixante ans après, cet événement demeure une référence pour les météorologues et passionnés de climat : un rappel spectaculaire que même au mois de mai, l’Europe peut encore basculer brutalement dans une ambiance quasi hivernale lorsque l’air polaire plonge exceptionnellement loin vers le sud.

 

Graphiques issus de la chronique meteo-paris.com des écarts normales de température et de précipitations pour l’année 1957

 

 

A lire également :

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Auteur : Guillaume Séchet

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