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La neige a été observée de façon abondante jusqu’au littoral méditerranéen, ici à Roquebrune-Cap-Martin dans les Alpes-Maritimes à la mi-janvier 1963
Une vague de froid exceptionnelle entre janvier et février 1963
L’hiver 1962/1963 s’était montré particulièrement exceptionnel en France avec une succession de vagues de froid apportant des températures polaires et de fortes chutes de neige jusque dans le sud du pays.
Si la première vague de froid avait déboulé sur la France à partir du 22 décembre, apportant le réveillon de Noël le plus froid du 20eme siècle sur notre pays avec par exemple -15°C à Bordeaux ou -9°C à Biarritz, la première décade de janvier s’était montrée plus douce au sud avant le retour du froid après le 10 janvier. Ce retour du froid fut d’ailleurs accompagné de chutes de neige parfois notables, notamment sur le sud de la France avec des flocons tombant jusqu’en Méditerranée. On mesure par exemple 25cm de neige à Aix-en-Provence le 16 janvier.
C’est néanmoins à partir du 19 janvier que la masse d’air devient véritablement exceptionnellement froide sur la France. Durant environ 3 semaines, les températures vont atteindre des valeurs exceptionnellement basses sur la totalité du pays, le tout sous une masse d’air plus sèche. Bon nombre de stations relèvent des valeurs inférieures à -20°C durant cette période avec par exemple jusqu’à -27°C à Ambérieux, -26°C à Vichy, -23°C à Saint-Etienne et Lyon, -14°C à Paris, -13°C à Dinard. On relève même jusqu’à -29°C à Saint-Martin-de-Londres dans l’intérieur de l’Hérault le 5 février et -17,8°C à Montpellier, une valeur véritablement exceptionnelle pour une ville méditerranéenne.

La Loire gèle à Tour à la fin du mois de janvier 1963 – Archives Météo-Villes
Le froid est tellement intense et durable que de nombreux cours d’eau gèlent à travers le pays, tout comme le sol qui se retrouve pris par la glace jusqu’à environ 60cm de profondeur durant le mois de février du côté de Paris. Une banquise se forme même temporairement sur certains secteurs littoraux du nord du pays, comme sur le littoral de la mer du Nord et même jusqu’en Charente-Maritime !

Le littoral de la mer du Nord gelé en janvier 1963 – Archives Météo-Villes
Si le froid se montre majoritairement sec durant cette période, on note tout de même quelques épisodes neigeux notables, notamment sur l’ouest et le sud de la France, les flocons tombant une nouvelle-fois parfois abondamment jusqu’au littoral méditerranéens.
Les 19 et 20 février, de fortes chutes de neige se produisent par exemple d’abord sur le nord de la France puis sur la quasi-totalité du pays. On mesure 10 à 20cm en région parisienne.

Neige à Paris le 19 février 1963 – Archives Météo-Villes
Les températures deviendront un peu plus fluctuantes sur le sud du pays à partir de la fin de la première décade de févier mais l’air froid résistera plus facilement au nord, persistant jusqu’au début du mois de mars.
L’hiver le plus long en Europe
L’hiver 1962-1963 en Europe fut le plus long et le plus rigoureux enregistré depuis la fin du 19e siècle. A Paris, celui-ci est le plus froid depuis l’hiver 1879-1880.
Les gelées généralisées ont en effet débuté à partir du 13 novembre 1962 en France et perduré jusqu’au début du mois de mars 1963. En France, 3 vagues de froid majeures ont été observées au cours de cet hiver, la première à la fin du mois de décembre, la deuxième, la plus virulente, entre mi-janvier et la première décade de février, et la troisième entre la fin février et le début du mois de mars.

On relève près de 10m de neige à la fin de l’hiver sur les sommets des Vosges – Archives Météo-Villes
Au total, les trois mois d’hiver sont inférieurs de 4,3 °C par rapport aux normales en France, en faisant l’hiver le plus froid depuis le début des relevés météorologiques. On a par exemple pu relever 45 journées sans dégel à Lyon alors que certains secteurs de la mer du nord se sont retrouvés piégés par la glace et que de nombreux embâcles se sont formés sur les canaux et fleuves français.
En France, l’économie s’est arrêté durant plusieurs semaines et 30 à 50 000 victimes ont été associées à la rigueur de l’hiver 1962-1963, en faisant l’événement climatique le plus meurtrier du 20ème siècle.
Le reste de l’Europe fut également durement touché, de nombreux pays se retrouvant paralysés par le froid et la neige. Les températures s’abaissèrent par exemple à jusqu’à -44°C en Pologne, -34°C en Roumanie, -28,9°C à Moscou, et on releva jusqu’à 1 mètre de neige en Catalogne avec des valeurs s’abaissant jusqu’à -20°C sur les plateaux, obligeant le gouvernement espagnol à suspendre les exportations d’oranges. En Angleterre, cet événement sera qualifié de « Big Frost ».
Auteur : Tristan Bergen
