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Après plusieurs semaines de pluie record…
Après un mois de décembre 1909, particulièrement pluvieux, d’autres épisodes ont lieu au mois de janvier, notamment du 17 au 20 et surtout en amont de la Seine, sur des bassins, versant qui alimentent le fleuve…
Très rapidement, la Seine atteint des niveaux historiques. Le 20 janvier 1910, par une température proche de zéro, on mesure 8,62 mètres au pont de l’Alma. L’eau, incontrôlable, s’infiltre partout, et la durée de la montée des eaux reste incertaine.
A partir de cette date, le trafic fluvial est interrompu, les bateaux ne pouvant plus passer sous les ponts. Le lendemain, les usines d’air comprimé tombent en panne, provoquant l’arrêt simultané des horloges publiques de la capitale. Le 22 janvier, ce sont les usines électriques qui s’arrêtent à leur tour, plongeant le métro dans l’obscurité et paralysant Paris.
Privés d’électricité, les Parisiens ressortent les lampes à huile et à pétrole. Les tramways étant hors service, les voitures à chevaux font leur retour : la ville réquisitionne les 75 000 chevaux encore présents à Paris.
Paris est paralysée…
Au bout de quelques jours, les gares d’Orsay, d’Austerlitz et des Invalides sont submergées, tout comme les sous-sols de la Caisse des dépôts, entraînant la destruction de nombreuses archives. Sur les 80 000 immeubles parisiens, 20 000 sont touchés, principalement dans leurs caves et sous-sols. Les réserves de charbon, de vin et de pommes de terre sont perdues. Heureusement, les Halles de Paris, surnommées le « ventre de la capitale », échappent à l’inondation, évitant ainsi une pénurie alimentaire. En revanche, le froid intense aggrave la situation, provoquant une hausse de la consommation de gaz, de charbon et d’électricité, un véritable cauchemar pour les Parisiens.
La crue de 1910 devient l’un des événements les plus médiatisés du début du XXᵉ siècle. Les journaux, tirés à des millions d’exemplaires, relatent jour après jour le « Paris noyé », captivant l’opinion publique. Pendant plus de dix jours, les Parisiens vivent isolés, les rues transformées en rivières et les voies ferrées en lacs. Pour circuler, ils improvisent des échelles, des pontons, des passerelles et des barques. On rame même dans les sous-sols du métro. La capitale devient un véritable piège, y compris pour les habitants des quartiers les plus aisés.
La rareté des produits et la flambée des prix entraînent la création de soupes populaires. Malgré les destructions, les boulangers parviennent à livrer leur pain en barques. La solidarité s’organise rapidement : la Croix-Rouge distribue des soupes chaudes et des vêtements, tandis que les Parisiens se mobilisent pour aider leurs voisins.
Une situation encore plus dramatique en banlieue…
En banlieue, la situation est encore plus dramatique. Quinze mille personnes se retrouvent sans abri à Charenton, Ivry, Alfortville, Issy-les-Moulineaux et Corbeil. Les évacuations se multiplient. Les Parisiens organisent des collectes pour fournir vêtements et chaussures aux sinistrés.
L’eau, glaciale et souillée, submerge les rues pavées en bois qui flottent à la surface. Les égouts refoulent, obligeant les habitants à improviser des passerelles de fortune avec des portes, des tables ou des planches pour accéder à leurs logements. Les Parisiennes, contraintes par leurs robes longues et leurs corsets, peinent à se déplacer dans cette ville transformée en marécage.
Et une menace de crise sanitaire…
Face à la menace d’une crise sanitaire, le préfet Louis Lépine prend les choses en main. Il mobilise tous les hommes disponibles pour construire des digues de sacs de ciment et faire fonctionner les pompes en continu. Malgré ces efforts considérables, la situation reste critique. Le préfet fait alors appel à l’armée, qui déploie les bateaux démontables Berton, à coque en toile, faciles à transporter et à manœuvrer, afin de faciliter l’évacuation des eaux.
Les ordures s’accumulent, flottant dans les rues et sur la Seine. Pour désengorger la ville, le préfet autorise leur déversement dans le fleuve, transformant rapidement la Seine en un cloaque pestilentiel, au détriment des communes en aval. Il faut trente-quatre jours pour que la Seine retrouve son niveau habituel, laissant derrière elle un paysage apocalyptique : boue, vase, débris et caves inondées.
Deux mois sont nécessaires pour pomper les eaux et nettoyer la ville. Pendant plusieurs semaines, les Parisiens vivent sans électricité, sans gaz, sans eau potable ni chauffage, endurant une situation difficile. Il faut un an pour assainir Paris, et plusieurs années avant que la nappe phréatique ne retrouve son niveau normal.
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Auteur : Guillaume Séchet
