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Les gendarmes d’Eure-et-Loir sont mobilisés pour dégager les routes jonchées de chutes d’arbres, qui cèdent les uns après les autres le sous le poids de la pluie verglaçante du 10 janvier 1982 – archives meteo-paris.com

 

 

Si l’épisode hivernal récent a occasionné des perturbations de circulation sur une grande partie du territoire français, il est loin d’égaler l’ampleur de la tempête de verglas de janvier 1982, qui a frappé une vaste région s’étendant de la Normandie à l’Île-de-France et à la Bourgogne. La pluie verglaçante étant considérée comme le phénomène le plus dangereux pour la circulation.

 

20 degrés de différence sur 300 km de distance ! 

 

Début janvier 1982, une situation météorologique exceptionnelle se met en place. Une masse d’air froid massive recouvre l’Europe du Nord, tandis qu’une masse d’air exceptionnellement doux remonte d’Europe du Sud. La Normandie, l’Île-de-France et la Bourgogne se retrouvent au cœur de ce conflit de masses d’air, avec une différence de températures d’environ 20°C sur seulement 300 km !  Ce bras de fer entre l’air froid et l’air chaud est si intense que le front stationne sur ces régions pendant plusieurs jours, provoquant d’importantes précipitations sous forme de neige, de pluies verglaçantes ou de pluie.

 

Carte de la zone touchée par les pluies verglaçantes du 10 au 12 janvier 1982, réalisée par Guillaume Séchet – meteo-paris.com

 

 

Une couche de glace de 5 cm d’épaisseur créant un chaos presque inédit ! 

 

Au nord, l’épaisseur de l’air froid est suffisante pour ne donner que de la neige. Entre la Normandie, l’Île-de-France et la Bourgogne, les précipitations alternent entre neige, pluie verglaçante et pluie. La pluie verglaçante tombe dans la zone où l’air froid est très mince. Les températures sont négatives au sol, tandis qu’à quelques centaines de mètres d’altitude, il fait plus de 0°C, ce qui donne de la pluie.  N’ayant pas le temps de se transformer en neige, la pluie gèle instantanément au sol, formant une couche de glace de 1 à 5 cm d’épaisseur.

Sur le Calvados, l’Eure-et-Loir et le sud de l’Île-de-France, les chutes de pluie verglaçante sont si abondantes et persistantes que l’épaisseur de glace atteint trois à cinq centimètres, un record pour la région ! Les arbres ploient sous le poids de la glace, rendant la circulation à pied ou en voiture impossible sur cette immense patinoire. 

Quasiment toutes ces régions sont paralysés durant plusieurs jours. De nombreuses personnes ne peuvent même plus sortir de chez elles ! Et pour couronner le tout, des pylônes et câbles électriques cèdent sous la charge, provoquant des coupures de courant affectant plusieurs centaines de milliers de foyers.

 

Le Calvados se trouve dans l’axe de la zone de pluies verglaçantes de janvier 1982 et de nombreux câbles électriques cèdent sous le poids de la glace qui atteint l’épaisseur de 5cm. Des centaines de milliers de personnes se retrouvent alors sans électricité – archives meteo-paris.com (photo légèrement restaurée)

 

 

La situation devient critique à partir de 11 janvier 1982

 

Du 6 au 15 janvier 1982, une vague de froid exceptionnelle frappe le nord et l’est du pays, rappelant par son intensité l’épisode de février 1978.

Dès le 6 janvier, un froid sec s’installe sur toute la moitié nord de la France. Le lendemain, une perturbation neigeuse aborde la Bretagne, avant de gagner rapidement les Pays de la Loire. Le 8 janvier, la neige s’étend à l’Île-de-France puis à l’ensemble des régions situées au nord de la Seine.

Placée à la frontière entre l’air glacial et des masses d’air plus douces, Paris connaît un bref redoux le samedi 9 janvier. Mais dès la soirée, le thermomètre rechute brutalement : la pluie se transforme en verglas, paralysant la circulation. Le dimanche 10 janvier au matin, la neige fait son retour avant de céder à nouveau la place aux pluies verglaçantes.

 

Les effets de la pluie verglaçante du 12 janvier 1982 en Normandie – archives meteo-paris.com

 

La situation devient critique le 11 janvier. Une épaisse couche de glace recouvre notamment le Calvados, l’Eure, le nord de l’Eure-et-Loir, les Yvelines et l’Essonne. Sous le poids du givre, arbres et lignes électriques cèdent. Près de 500 000 foyers se retrouvent privés d’électricité, parfois pendant plusieurs jours.

À partir du 12 janvier, le froid s’assèche de nouveau et gagne en intensité. Les températures plongent à des niveaux remarquables : -19 °C à Lille, -18 °C à Strasbourg, -16 °C à Reims, -13 °C à Beauvais, -11 °C à Rouen et -10 °C à Paris. La neige persistante complique par ailleurs la situation hydrologique : dans le nord du pays, la décrue se fait attendre et les inondations restent une préoccupation majeure.

Le contraste thermique devient saisissant le 16 janvier 1982. Alors que la température peine à dépasser -6 °C à Strasbourg, des conditions quasi printanières s’installent plus à l’ouest, avec 17 °C relevés à Tours et à Orléans, soit un écart spectaculaire de 23 degrés entre l’Alsace et le Centre de la France.

 

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Auteur : Guillaume Séchet

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